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mercredi 15 mars 2023

Mille âmes

BnF lat. 920, fol. 180r.

 

Moi qui pourrais me tuer de plaisir ; mourir d’amour pour toutes les femmes ; qui pleure toutes les villes, je suis ici, parce que la vie n’a pas de solution. Je puis faire la fête à Montmartre et mille excentricités, puisque j’en ai besoin ; je puis être pensif, physique ; me muer tour à tour en marin, jardinier ou coiffeur ; mais, si je veux goûter aux voluptés du prêtre, je dois donner un lustre sur mes quarante années d’existence, et perdre d’incalculables jouissances, durant que je serai uniquement sage. Moi, qui me rêve même dans les catastrophes, je dis que l’homme n’est si infortuné que parce que mille âmes habitent un seul corps.

 

Arthur Cravan [Fabian Avenarius Lloyd], «  Oscar Wilde est vivant », dans Maintenant, n° 3, octobre-novembre 1913. — Œuvres. Poèmes, articles, lettres, édition établie par Jean-Pierre Begot, Éditions Gérard Lebovici, 1987.

lundi 6 mars 2023

J’oublie chaque fois ce que j’ai l’intention de

Dave Heath, Central Park, 1957.

Contemple le troupeau qui passe devant toi en broutant. Il ne sait pas ce qu’était hier ni ce qu’est aujourd’hui : il court de-ci de-là, mange, se repose et se remet à courir, et ainsi du matin au soir, jour pour jour, quel que soit son plaisir ou son déplaisir. Attaché au piquet du moment il n’en témoigne ni mélancolie ni ennui. L’homme s’attriste de voir pareille chose, parce qu’il se rengorge devant la bête et qu’il est pourtant jaloux du bonheur de celle-ci. Car c’est là ce qu’il veut : n’éprouver, comme la bête, ni dégoût ni souffrance, et pourtant il le veut autrement, parce qu’il ne peut pas vouloir comme la bête. Il arriva peut-être un jour à l’homme de demander à la bête : « Pourquoi ne me parles-tu pas de ton bonheur et pourquoi ne fais-tu que me regarder ? » Et la bête voulut répondre et dire : « Cela vient de ce que j’oublie chaque fois ce que j’ai l’intention de répondre. » Or, tandis qu’elle préparait cette réponse, elle l’avait déjà oubliée et elle se tut, en sorte que l’homme s’en étonna.

 

Friedrich Nietzsche, « De l’utilité et de l’inconvénient des études historiques pour la vie », dans Considérations inactuelles, traduction par Henri Albert, Mercure de France, 1907.

vendredi 3 mars 2023

Un char pesant et vide

Dorothea Lange, Toward Los Angeles, California, 1937.


En dernière analyse, la plupart des hommes n’aiment et ne désirent vivre que pour vivre. L’objet réel de la vie est la vie, et traîner constamment en tous sens avec peine et sur une même route un char pesant et vide. (10 août 1821.)


Giacomo Leopardi, Zibaldone, traduit de l’italien par Bertrand Schefer, Éditions Allia, 2003.

mercredi 1 mars 2023

Biographie

 

Birgit Jürgenssen, Untitled (Olga), 1979.

La vie, fruit de la vie. – L’homme a beau s’étendre tant qu’il peut par sa connaissance, apparaître aussi objectivement qu’il veut, à la fin il n’en retire que sa propre biographie.

 

Friedrich Nietzsche, Humain, trop humain, § 513, traduction de l’allemand par A. M. Desrousseaux, revue par Angèle Kremer-Marietti, Le Livre de poche, 1995.

 

Toutes les biographies sont absurdes. Avec la mienne, on ferait rire un chat.

 

Dylan Thomas. — Cité par Denis Roche, « Le Spectacle de l’écriture », dans Dylan Thomas, Œuvres, tome 1, édition établie sous la direction de Monique Nathan et Denis Roche, Éditions du Seuil, 1970.

lundi 27 février 2023

Il est impossible de marchander avec la vie

 Dave Heath, Vengeful Sister, Chicago, 1956.

Mais comme la vie est, pour l’essentiel, et de façon exaspérante, une série d’erreurs, de mauvais choix, de bêtises, d’accidents et d’incroyables coïncidences, tout se déroula exactement comme il se devait ; bien qu’un changement dans la vie de ce jeune homme d’un côté ou de l’autre, une soirée chez un ami qu’il avait préféré éviter, une jounée sur la plage écourtée à cause de la pluie – tout ce que vous pourrez imaginer, plus c’est absurde mieux c’est – aurait produit des effets tout à fait différents, chacun d’eux ne pouvant se dérouler que comme il devait le faire. Il est impossible de marchander avec la vie, car la signification de la vie est simplement elle-même.

 

Gilbert Sorrentino, The Abyss of Human Illusion, 2010 ; traduit de l’anglais par Bernard Hoepffner, L’Abîme de l’illusion humaine, X, Éditions Cent Pages, 2015.

lundi 15 janvier 2018

Pourquoi ajouter des mots qui ont traîné partout à ces choses fraîches qui s’en passaient si bien ? Et comme c’est boutiquier, ce désir de tirer parti de tout, de ne rien laisser perdre… et malgré qu’on le sache, cette peine qu’on prend, ce travail de persuasion, cette lutte contre le refroidissement considérable et si insistant de la vie.


Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Droz, 1963.

dimanche 14 janvier 2018

De la poésie, aucun chemin direct ne conduit dans la vie, de la vie aucun ne conduit dans la poésie

J’ignore si parmi tous les bavardages fatigants sur l’individualité, le style, la conviction, l’atmosphère et ainsi de suite, vous n’avez pas perdu la conscience que le matériau de la poésie c’est les mots, qu’un poème est un tissu sans poids fait de mots qui, par leur arrangement, leur timbre et leur contenu, en reliant le souvenir de choses visibles et le souvenir de choses audibles avec l’élément du mouvement, produisent un état d’âme fugitif, exactement circonscrit, de la netteté du rêve, que nous appelons atmosphère. Si vous pouvez retrouver le chemin de cette définition du plus léger des arts vous vous serez débarrassé d’une espèce de charge confuse de votre conscience. Les mots sont tout, les mots avec lesquels on peut appeler à une nouvelle existence les choses vues et entendues et, selon des lois inspirées, donner l’illusion d’une chose en mouvement. De la poésie, aucun chemin direct ne conduit dans la vie, de la vie aucun ne conduit dans la poésie.
[...]
Vous vous étonnez qu’un poète fasse pour vous l’éloge des règles et voie dans les successions de mots et les mètres la totalité de la poésie. Mais il y a déjà trop d’amateurs qui louent les intentions. La chose absolument sans valeur a des serviteurs dans tous les esprits lourds. Soyez d’ailleurs rassurés. Je vous restituerai la vie. Je sais en quoi la vie a affaire avec l’art. J’aime la vie, bien plus, je n’aime que la vie. Mais je n’aime pas qu’on désire mettre des dents d’ivoire à des personnes représentées en peinture et qu’on assoie des figures de marbre sur des bancs de pierre comme si c’étaient des promeneurs. Vous devez vous déshabituer de réclamer qu’on écrive à l’encre rouge pour faire croire qu’on écrit avec du sang.

Hugo von Hofmannsthal, Poésie et vie. Extrait d’une conférence [1896], Lettre de Lord Chandos et autres textes sur la poésie, traduits par Jean-Claude Schneider et Albert Kohn, Gallimard, 1980, 1992.

mercredi 25 janvier 2017

Là où finit le langage, ce n’est pas l’indicible qui commence, mais la matière de la langue

L’expérience décisive dont on prétend qu’elle est si difficile à raconter pour celui qui l’a vécue n’est pas même une expérience. Elle n’est que le point où l’on touche aux limites du langage. Mais ce qui alors est atteint n’est manifestement pas une chose si insolite et si terrible que les mots nous manqueraient pour la décrire : c’est plutôt de la matière, au sens où l’on dit « matière de Bretagne », ou « entrée en matière », voire « table des matières ». Celui qui, en ce sens, touche à sa matière, trouve tout simplement les mots pour le dire. Là où finit le langage, ce n’est pas l’indicible qui commence, mais la matière de la langue. Qui n’a jamais atteint, comme en rêve, cette substance ligneuse de la langue que les anciens appelaient silva (forêt), demeure prisonnier de ses représentations quand bien même il se tait.
Il en est de même pour ceux qui reviennent à la vie après une mort apparente : en réalité, ils ne sont pas morts (sans quoi ils ne seraient pas revenus) et encore moins se sont-ils libérés de la nécessité d’avoir un jour à mourir ; mais ils se sont enfin libérés de la représentation de la mort. Voilà pourquoi, interrogés sur ce qui leur est arrivé, ils n’ont rien à dire sur la mort, mais ils trouvent matière à des fables merveilleuses et des récits sans fin, — sur leur vie.

Giorgio Agamben, « Idée de la matière », Idée de la prose, traduit de l'italien par Gérard Macé, Christian Bourgois, 1988.

vendredi 20 mars 2015

Des velléités de vie me traversent

Engourdissement. Je me réveille comme par pure habitude. Je pourrais aussi bien m’en dispenser. Puis, dans la journée, comme des voix confuses et lointaines, plus confuses encore certes que celles des voisins criards, des velléités de vie me traversent. Si je les écoute, j’écris. Elles ne durent pas.

Philippe Jaccottet, « Observations II », Observations 1951-1956, Gallimard, 1998.

mercredi 18 mars 2015

Mélabú

Mélabú, l’un des plus beaux mots du hongrois, fait aussi partie des plus nobles.
Sans violence aucune, mais non sans acuité, la première syllabe projette dans l’espace ce que la seconde émousse aussitôt ; cette tension entre acuité et matité éclate alors, telle une bulle irisée, sur la consonne de la troisième syllabe, pour que se creuse, long et profond, un vide sonore en fin de mot.
L’absence invoque l’espace dans ce mot à fin ouverte, et l’absence appelle un gigantesque espace de ses voeux ; le plus vaste des espaces imaginables.
Si la mort était la manifestation concevable de la vie, nous pourrions dire au moins des manifestations de l’univers qu’elles peuvent se vivre et se comprendre. Car, une fois prononcé, le mot table nécessite la place que prend notre table ; cathédrale, l’espace qu’occupe la cathédrale la plus imposante de notre imaginaire ou de notre expérience ; et Dieu, pas davantage que l’homme ne s’en octroie pour lui-même.
Mais quand la tension des forces humaines génère une bulle qui éclate, et qu’un vide, alors, se donne à sentir ; quand nous souhaitons ensuite nommer ce vide surgissant qui, tout à l’heure encore, manifestait sa présence par son absence effective, les mots de notre langue finissent par aspirer à un espace infini, immensurable à l’aune de l’expérience ou de l’imaginaire.
Tout mot y tend. Jamais aucun n’y a accédé.

Péter Nádas, Mélancolie, traduit du hongrois par Marc Martin, Le Bruit du temps, 2015.

vendredi 10 octobre 2014

Elle pleure pour rien

J’avais sorti de ma poche, machinalement, les photos de nous que je voulais montrer à Freddie, et parmi celles-ci, la photo de Gay Orlow, petite fille. Je n’avais pas remarqué jusque-là qu’elle pleurait. On le devinait à un froncement de ses sourcils. Un instant, mes pensées m’ont emporté loin de ce lagon, à l’autre bout du monde, dans une station balnéaire de la Russie du Sud où la photo avait été prise, il y a longtemps. Une petite fille rentre de la plage, au crépuscule, avec sa mère. Elle pleure pour rien, parce qu’elle aurait voulu continuer de jouer. Elle s’éloigne. Elle a déjà tourné le coin de la rue, et nos vies ne sont-elles pas aussi rapides à se dissiper dans le soir que ce chagrin d’enfant ?

Patrick Modiano, Rue des Boutiques obscures, Gallimard, 1978. 

jeudi 13 mars 2014

Ett liv

Ett liv
en gång sagt
som en replik
sagd utan hemligheter
vid det öppna fönstret

Une vie
dite une fois
comme une réplique
sans secrets
devant la fenêtre ouverte


Bo Carpelan, 73 dikter, 1966, 73 poèmes, traduit du suédois par Carl Gustaf Bjurström & Lucie Albertini, Paris, 1984.

lundi 15 octobre 2012

On ne peut jamais savoir ce qu’il faut vouloir

On ne peut jamais savoir ce qu’il faut vouloir car on n’a qu’une vie et on ne peut ni la comparer à des vies antérieures ni la rectifier dans des vies ultérieures. (...) Il n’existe aucun moyen de vérifier quelle décision est la bonne car il n’existe aucune comparaison. Tout est vécu tout de suite pour la première fois et sans préparation. Comme si un acteur entrait en scène sans avoir jamais répété. Mais que peut valoir la vie, si la première répétition de la vie est déjà la vie même ? C’est ce qui fait que la vie ressemble toujours à une esquisse. Mais même « esquisse » n’est pas le mot juste, car une esquisse est toujours l’ébauche de quelque chose, la préparation d’un tableau, tandis que l’esquisse qu’est notre vie n’est l’esquisse de rien, une ébauche sans tableau. (...) Ne pouvoir vivre qu’une vie, c’est comme ne pas vivre du tout.

Milan Kundera, Nesnesitelná lehkost bytí, 1982, L’Insoutenable Légèreté de l’être, traduit du tchèque par François Kérel, Gallimard, 1984.

vendredi 27 avril 2012

Le jour où nous réveillerons du rêve d'être vivants


Les baroques aimaient les équivoques et les malentendus. Calderón, et d'autres avec lui, érigèrent le malentendu en métaphore du monde. Je suppose qu'ils étaient animés par la conviction que, le jour où nous réveillerons du rêve d'être vivants, notre malentendu terrestre sera finalement éclairci. Je leur souhaite de ne pas avoir trouvé un malentendu sans appel. De toute façon, on le verra bien.

Antonio Tabucchi [1943-2012], Petits malentendus sans importance [Piccoli equivoci senza importanza, 1985], « Note », traduit de l'italien par Martine Dejardin, Christian Bourgois, 1987.

jeudi 23 septembre 2010

* * *

Ce qu’on regrette de la vie, c’est ce qu’elle n’a pas donné – et jamais n’aurait donné. Apaise-toi.

Paul Valéry, Rhumbs, 1943.

vendredi 10 septembre 2010

D’où avons-nous été bannis ?



Comme l’âme platonicienne qui saurait reconnaître la vérité qu’elle ne peut pas connaître, quoiqu’ignorant ce que nous sommes nous savons que nous ne le sommes pas. En ce sens, nous ne sommes pas ce que nous sommes. Ce que nous sommes, c’est chose uniquement que nous ayons à être. Notre essence — ce par quoi nous serions ce que nous sommes — est au devant de nous hors de nous. Notre existence est fourvoyée loin de notre essence. Dans notre vie présente nous sommes donc expatriés de notre vraie vie, qui est encore à venir. Au sens où Hegel dit alors que nous n’avons pas notre chez nous dans notre vie, nous sommes exilés, nous sommes des étrangers : nous sommes aliénés. (Car telle est l’étymologie latine alienus, étranger.) Étrangeté au monde, étrangeté aux autres, étrangeté à soi tel est le sens fondamental de l’aliénation, et telle est l’origine de la philosophie. Car la philosophie naît précisément d’une insoumission à cette forme indigente de vivre. C’est au nom d’une vie régénérée que la vie est toujours mise en question par la philosophie, comme si vivre n’avait immémorialement été qu’une forme aliénée de vivre. Si la vie fut toujours inculpée et parfois diffamée par la philosophie, comme Nietzsche en fait le reproche à Platon, ce fut donc toujours par amour de la vie, et pour honorer la vie. Toute philosophie naît donc du sentiment d’une plénitude perdue ou d’une plénitude promise, que la vie se passe inutilement à regretter ou s’épuise vainement à poursuivre. Toute philosophie naît donc en exil, c’est à dire dans l’aliénation. C’est pourquoi la question métaphysique fondamentale est toujours celle de l’origine. Car là où il y aurait un chez nous, c’est là que nous voulons retourner. D’où sommes nous éloignés, nous qui nous sentons loin de la vie ? D’où avons-nous été bannis ? D’où vient que nous n’ayons pas oublié ce dont pourtant nous n’avons plus la mémoire, ou que nous ayons l’idée de ce dont nous n’eûmes jamais l’expérience ? Quel fut le chemin de cet exode ? Comment le retrouver? Comment nous mettre en marche? Par quelle conversion refaire ce qu’avait défait quelle procession ? Toute philosophie a donc pour but de nous faire réintégrer notre propre vie, de réunir notre existence à notre essence. A la médiation qui nous aliène elle s’oppose donc comme la médiation qui nous libère.

Nicolas Grimaldi, Aliénation et liberté, Masson, 1972.

mercredi 7 mars 2007

Kr­åkor



photographie : Aurélia Frey


Kr­åkor
i träden.
Ditt liv ropar
H­ånfullt,
med trasig röst.

Des corneilles

Dans les arbres.

Ta vie t’appelle

d’une voix rauque

et ricanante.


Bo Carpelan,
73 dikter, 1966, 73 poèmes, traduit du suédois par Carl Gustaf Bjurström & Lucie Albertini, Paris, 1984.

vendredi 2 mars 2007

N’est-il pas l’authentique survivant ?



Celui qui, vivant, ne vient pas à bout de la vie, a besoin d’une main pour écarter un peu le désespoir que lui cause son destin – il n’y arrive que très imparfaitement –, mais, de l’autre main, il peut écrire ce qu’il voit sous les décombres, car il voit autrement et plus de choses que les autres, n’est-il pas mort de son vivant, n’est-il pas l’authentique survivant ? Ce qui suppose toutefois qu’il n’ait pas besoin de ses deux mains et de plus qu’il n’en possède pour lutter contre le désespoir.

Franz Kafka, Journal, 19 octobre 1921, traduit de l’allemand par Marthe Robert, Grasset, 1954.

jeudi 1 février 2007

La paresse et le désir de travailler



La paresse et le désir de travailler, l’un dans l’autre, comme deux états associés et permanents. On vit ainsi de longues périodes entre deux eaux, celle du remords intime et celle de la pesanteur qui a toujours le dernier mot. Cela n’est pas invivable, c’est la vie même, entrecoupée de rares instants de pur travail ou de pure paresse.

Philippe Garnier, La Tiédeur, Presses universitaires de France, collection Perspectives critiques, Paris, 2000.

mardi 12 décembre 2006

La « vraie vie »



Une vie dont on suppose qu’elle ne sera jamais « transcendée », combien de temps nous faut-il pour accepter que ce soit la vraie ? L’étiquette de « vraie vie » met longtemps, très longtemps à se poser sur elle, un peu comme ces particules de cendre à peine plus lourdes que l’air qui flottent indéfiniment dans l’espace.

Philippe Garnier, La Tiédeur, Presses universitaires de France, collection Perspectives critiques, Paris, 2000.