Je sentais par la force de mes investigations, leur désordre, leur hasard, leur énigme, que la photographie est un art peu sûr, tout comme le serait (si on se mettait en tête de l’établir) une science des corps désirables ou haïssables.
Roland Barthes, La Chambre claire, 1980.
jeudi 3 juillet 2014
mardi 11 mars 2014
Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi
Pour ma part, quand je pénètre le plus intimement dans ce que j’appelle moi, je bute toujours sur une perception particulière ou sur une autre, de chaud ou de froid, de lumière ou d’ombre, d’amour ou de haine, de douleur ou de plaisir. Je ne peux jamais me saisir, moi, en aucun moment, sans une perception et je ne peux rien observer que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un sommeil tranquille, aussi longtemps je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas. Si toutes mes perceptions étaient supprimées par la mort et que je ne puisse ni penser, ni sentir, ni voir, ni aimer, ni haïr après la dissolution de mon corps, je serais entièrement annihilé et je ne conçois pas ce qu’il faudrait de plus pour faire de moi un parfait mort. Si quelqu’un pense, après une réflexion sérieuse et impartiale, qu’il a, de lui-même, une connaissance différente, il me faut l’avouer, je ne peux raisonner plus longtemps avec lui. Tout ce que je peux lui accorder, c’est qu’il peut être dans le vrai aussi bien que moi et que nous différons essentiellement sur ce point. Peut-être peut-il percevoir quelque chose de simple et de certain qu’il appelle lui : et pourtant je suis sûr qu’il n’y a pas en moi de pareil principe.
David Hume, Traité de la nature humaine, livre 1, 4e partie, section VI, traduit de l’anglais par André Leroy, éditions Aubier-Montaigne, 1946.
Libellés : corps, David Hume, moi, mort, perception, sommeil
vendredi 1 décembre 2006
Ainsi nous établissons la cartographie d’un corps

Bref : si nous sommes spinozistes, nous ne définirons quelque chose ni par sa forme, ni par ses organes et ses fonctions, ni comme substance ou comme sujet. Pour emprunter des termes au Moyen Âge, ou bien à la géographie, nous le définirons par longitude et latitude. Un corps peut être n’importe quoi, ce peut être un animal, ce peut être un corps sonore, ce peut être une âme ou une idée, ce peut être un corpus linguistique, ce peut être un corps social, une collectivité. Nous appelons longitude d’un corps quelconque l’ensemble des rapports de vitesse et de lenteur, de repos et de mouvement, entre particules qui le composent de ce point de vue, c’est-à-dire entre éléments non formés. Nous appelons latitude l’ensemble des affects qui remplissent un corps à chaque moment, c’est à dire les états intensifs d’une force anonyme (force d’exister, pouvoir d’être affecté). Ainsi nous établissons la cartographie d’un corps. L’ensemble des longitudes et des latitudes constitue la Nature, le plan d’immanence ou de consistance, toujours variable, et qui ne cesse pas d’être remanié, composé, recomposé, par les individus et les collectivités.
Gilles Deleuze, Spinoza, philosophie pratique, Éditions de Minuit, 1981.
Libellés : Baruch Spinoza, corps, Gilles Deleuze
lundi 19 juin 2006
Un corps convaincu
Ne croyant pas à la séparation de l’affect et du signe, de l’émotion et de son théâtre, il ne pouvait exprimer une admiration, une indignation, un amour, par peur de signifier mal. Ainsi, plus il était ému, plus il était terne. La « sérénité » n’était que la contrainte d’un acteur qui n’ose pas entrer en scène par crainte de mal jouer.
(…) Il demande à l’acteur de lui montrer un corps convaincu plutôt qu’une passion vraie.
(…) Une conviction (rapport du corps, non à la passion ou à l’âme, mais à la jouissance).
Roland Barthes par Roland Barthes, Le Seuil, 1975.
Barbara Morgan, Martha Graham
Libellés : acteur, corps, Roland Barthes