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lundi 15 janvier 2018

Pourquoi ajouter des mots qui ont traîné partout à ces choses fraîches qui s’en passaient si bien ? Et comme c’est boutiquier, ce désir de tirer parti de tout, de ne rien laisser perdre… et malgré qu’on le sache, cette peine qu’on prend, ce travail de persuasion, cette lutte contre le refroidissement considérable et si insistant de la vie.


Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Droz, 1963.

samedi 13 janvier 2018

Ce lieu désert qu’est devenue ma tête

... ce lieu désert qu’est devenue ma tête, la silencieuse corrosion de la mémoire, cette distraction perpétuelle qui n’est attention à rien d’autre (pas même à la plus ténue des voix intérieures), cette solitude imposée qui est un mensonge, ces compagnies qui en sont d’autres, ce travail qui n’est plus du travail et ces souvenirs qui ont séché sur pied comme si une malveillance toute puissante avait tranché leurs racines, me coupant, moi, de tant de choses aimables.


Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Droz, 1963.

lundi 31 août 2009

* * *



Comme une eau, le monde vous traverse et pour un temps vous prête ses couleurs. Puis se retire, et vous replace devant ce vide qu’on porte en soi, devant cette espèce d’insuffisance centrale de l’âme qu’il faut bien apprendre à côtoyer, à combattre, et qui, paradoxalement, est peut-être notre moteur le plus sûr.

Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Droz, 1963.

vendredi 31 août 2007

Tabriz, Azerbâyjan



La vie nomade est une chose surprenante. On fait cent kilomètres en deux semaines ; toute l’Anatolie en coup de vent. Un soir, on atteint une ville déjà obscure où de minuscules balcons à colonnes et quelques dindons frileux vous font signe. On y boit avec deux soldats, un maître d’école, un médecin apatride qui vous parle allemand. On bâille, on s’étire, on s’endort. Dans la nuit, la neige tombe, couvre les toits, étouffe les cris, coupe les routes… et on reste six mois à Tabriz, Azerbâyjan.

Nicolas Bouvier, L’Usage du monde, Droz, 1963.