Ou rien du tout
J’ai autrefois voulu être camaldule, puis renégat, turc. Maintenant, c’est brahman. Ou rien du tout, ce qui est plus simple.
Gustave Flaubert, lettre à Louise Collet, 30 janvier 1847.
Il est plus aisé de dire des choses nouvelles que de concilier celles qui ont déjà été dites (Vauvenargues). Avec cette plume donc il poursuit l’inventaire de ce qui ne lui reste plus à dire (Pinget). Il est simplement dommage que nous n’ayons pas commencé plus tôt : nous y serions déjà (Schopenhauer).
J’ai autrefois voulu être camaldule, puis renégat, turc. Maintenant, c’est brahman. Ou rien du tout, ce qui est plus simple.
Gustave Flaubert, lettre à Louise Collet, 30 janvier 1847.
Libellés : brahmane, camaldule, Gustave Flaubert, rien
Mon existence, comme un marais dormant, est si tranquille que le moindre événement y tombant y cause des cercles innombrables, et la surface ainsi que le fond est longtemps avant de reprendre sa sérénité ! Les souvenirs que je rencontre ici à chaque pas sont comme des cailloux qui déboulent, par une pente douce, vers un grand gouffre d’amertume que je porte en moi. La vase est remuée ; toutes sortes de mélancolies, comme des crapauds interrompus dans leur sommeil, passent la tête hors de l’eau et forment une étrange musique ; j’écoute. Ah ! comme je suis vieux, comme je suis vieux, pauvre chère Louise !
Libellés : Gustave Flaubert, mélancolie
J’étais né pour être empereur de Cochinchine, pour fumer dans des pipes de 36 toises, pour avoir 6 mille femmes et 1 400 bardaches, des cimeterres pour faire sauter la tête des gens dont la figure me déplaît, des cavales numides, des bassins de marbre, et je n’ai rien que des désirs immenses et insatiables, un ennui atroce, et des bâillements continus ! De plus, un brûle-gueule écorné et du tabac trop sec.
Libellés : ennui, Gustave Flaubert, tabac

Ma moquerie, dites-vous, a tué votre amour. Mais je ne me suis jamais moqué de vous. Quand on est disposé à voir le grotesque partout on ne le voit nulle part. Rien n’est triste comme la figure des gargouilles des cathédrales. Elles rient toujours pourtant. Il y a des gens dont l’âme est de même. Une idée bouffonne a plissé leur granit, et pourtant les fleurs y poussent tout de même. Mais personne n’en sent le parfum et ces bêtes-là ne servent qu’à cracher la pluie sur les passants.
Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, décembre 1846.
Libellés : gargouilles, Gustave Flaubert

Alors une faculté pitoyable se développa dans leur esprit, celle de voir la bêtise et de ne plus la tolérer. Des choses insignifiantes les attristaient, les réclames des journaux, le profil d’un bourgeois, une sotte réflexion entendue par hasard. En songeant à ce que l’on disait dans leur village, et qu’il y avait aux Antipodes d’autres Coulon, d’autres Foureau, ils sentaient peser sur eux comme la lourdeur de toute la terre.
Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881.
Libellés : bêtise, Gustave Flaubert

Edward Gorey
Ah ! sans la pipe la vie serait aride, sans le cigare elle serait incolore, sans la chique elle serait intolérable ! Les imbéciles vous disent toujours : « Singulier plaisir ! tout s’en va en fumée ». Comme si tout ce qu’il y a de plus beau ne s’en allait pas en fumée ! et la gloire ? et l’amour ? et les rêves où vont-ils, où vont-ils, mes amis ? Dites-moi donc si les plus beaux spasmes des adolescents, si les plus larges baisers des Italiennes, si les plus grands coups d’épée des héros ont laissé autre chose dans le monde que n’en a laissé ma dernière pipe.
Gustave Flaubert, lettre à Ernest Chevalier, 2 septembre 1843.
Libellés : fumée, Gustave Flaubert, pipe

À mesure que j’avance, je perds en verve, en originalité ce que j’acquiers peut-être en critique et en goût. J’arriverai, j’en ai peur, à ne plus oser écrire une ligne. La passion de la perfection vous fait détester même ce qui en approche.
Gustave Flaubert, lettre à Louise Colet, 17 septembre 1846.
Libellés : écriture, Gustave Flaubert