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jeudi 28 octobre 2010

Tchou-p’ing Man apprit le métier de dépeceur de dragons



Tchou-p’ing Man apprit le métier de dépeceur de dragons auprès d’un invalide appelé Yi le Difforme. Il lui versa une somme de mille pièces d’or. Au bout de trois ans, il avait acquis la parfaite maîtrise de cet art ; mais celui-ci se révéla parfaitement inutile.

[Tchouang-Tseu,] Les Œuvres de Maître Tchouang, chapitre XXXII, traduit du chinois par Jean Levi, Paris, éditions de l’Encyclopédie des nuisances, 2006.

dimanche 14 février 2010

« Trois le matin »

Suivre le cours des choses et achever son œuvre sans même en avoir conscience, tel est, pour moi, le mode de fonctionnement des choses. Tandis que fatiguer son esprit à distinguer les choses une à une sans voir qu’elles sont identiques, c’est ce que j’appelle « trois le matin ». Qu’est-ce que ça veut dire ? Eh bien ceci :
Un éleveur de singes dit un jour à ses pensionnaires en leur distribuant leurs châtaignes : « Désormais, vous en aurez trois le matin et quatre le soir ». Fureur chez les singes. « Bon, alors, fait l’homme, ce sera quatre le matin et trois le soir. » Et les singes de manifester leur contentement.
Bien que rien ne fût changé de la réalité et de sa désignation, l’homme sut provoquer tout à tour la colère et la joie. C’est cela suivre le cours des choses. c’est pourquoi le sage instaure la concorde grâce à un usage judicieux de l’affirmation et de la négation et se laisse porter par le mouvement céleste. Voilà ce qui s’appelle opter pour l’ambivalence.

[Tchouang-Tseu,] Les Œuvres de Maître Tchouang, chapitre II, traduit du chinois par Jean Levi, Paris, éditions de l’Encyclopédie des nuisances, 2006.