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lundi 13 septembre 2010

Progrès



La société allant impétueusement de l’avant ! Le progrès ! A peine a-t-on réussi à retenir les numéros de téléphone qu’ils changent — tout comme le visage des villes.

Max Horkheimer, Notes critiques (1949-1969), 1974, traduit de l’allemand par Sabine Cornille & Philippe Ivernel, éditions Payot, 1993.

Pour juger du progrès, il ne suffit pas de connaître ce qu’il nous ajoute ; il faut encore tenir compte de ce dont il nous prive.

Baudouin de Bodinat, La Vie sur terre. Réflexions sur le peu d'avenir que contient le temps où nous vivons, tome premier, Editions de l'Encyclopédie des nuisances, 1996.

mardi 26 janvier 2010

Quand la vérité est en jeu, se taire est le seul moyen de ne pas manquer de maîtrise


Jean Delville, L'École du silence, 1929.

Niaiserie de la philosophie.
— La philosophie parlée ou même écrite, si profonde et avisée soit-elle, rend un son un peu niais, cela est manifeste. Nietzsche lui-même ne fait pas exception. Ce qui lui paraissait suspect dans tout système marque encore ses propres pensées. La perfection de l’aphorisme, l’élégante retenue ne le préservent pas de manquer de maîtrise au point de discourir de Dieu et du monde, et de ses propres douleurs. L’homme du monde s’en tient au golf ; d’affaires, il discute rarement, et la philosophie est simplement une offre de commentaire, mais déjà en passe de devenir une interprétation du monde à l’usage des classes moyennes et d’aboutir en fin de compte dans les boutiques de foire, comme l’astrologie. Quand la vérité est en jeu, se taire est le seul moyen de ne pas manquer de maîtrise, toute parole est plainte bavarde, toujours malvenue.

Max Horkheimer, Notes critiques (1949-1969), 1974, traduit de l’allemand par Sabine Cornille & Philippe Ivernel, éditions Payot, 1993.

mardi 1 septembre 2009

Théorie critique



Ils demandent toujours aussitôt : que doit-on faire maintenant ? et exigent une réponse de la philosophie comme si c’était une secte. Ils sont en détresse et veulent des instructions pratiques. Mais la philosophie, bien qu’elle présente le monde en concepts, a ceci de commun avec l’art qu’elle tend le miroir au monde en obéissant à une nécessité intérieure — sans que l’intention s’interpose, justement. Elle a — c’est vrai — un rapport à la pratique plus étroit que l’art, elle ne parle pas en images mais de façon littérale. Elle n’a rien pour autant d’un impératif. Les points d'exclamation lui sont étrangers. Elle a remplacé la théologie mais sans trouver un nouveau ciel à indiquer, pas même un ciel terrestre. Elle ne peut certes le chasser de l’esprit, voilà pourquoi on lui demande toujours le chemin qui mène là-bas. Comme si ce n’était pas justement sa découverte que le ciel dont on peut indiquer le chemin n’en est pas un.

Max Horkheimer, Notes critiques (1949-1969), 1974, traduit de l’allemand par Sabine Cornille & Philippe Ivernel, éditions Payot, 1993.

mardi 24 juin 2008

Le fait a le dernier mot


Photo : Bernd & Hilla Becher

Le fait a le dernier mot, la connaissance se contente de sa répétition, le penser se réduit à sa simple tautologie. Plus la machinerie intellectuelle se soumet à ce qui existe, plus elle se contente de le reproduire aveuglément.

Max Horkheimer & Theodor W. Adorno, La Dialectique de la raison, Gallimard, 1974.